Digital Omnibus : de nouvelles règles pour la confidentialité et la conformité

European Union flag waving against blue sky - Digital Omnibus Regulation proposal updates to GDPR, ePrivacy, and EU data protection laws

📣 Dernières mises à jour

La Commission europĂ©enne a indiquĂ© que le Digital Omnibus proposĂ© vise Ă  simplifier le cadre rĂ©glementaire numĂ©rique de l’UE et Ă  rĂ©duire d’au moins 5 milliards d’euros les coĂ»ts administratifs pour les entreprises, en particulier les PME. La proposition s’attache Ă  amĂ©liorer la clartĂ© juridique autour des règles relatives aux donnĂ©es et Ă  la rĂ©glementation de l’IA, Ă  rationaliser le signalement des incidents de cybersĂ©curitĂ© et Ă  ajuster les calendriers pour certaines parties de l’AI Act, notamment les systèmes Ă  haut risque. La Commission a Ă©galement confirmĂ© qu’elle examine le cadre numĂ©rique global dans le cadre d’un Digital Fitness Check, qui pourrait dĂ©boucher sur d’autres mesures de simplification. En savoir plus →

Le ComitĂ© europĂ©en de la protection des donnĂ©es (CEPD), la principale autoritĂ© europĂ©enne de protection des donnĂ©es, a examinĂ© la proposition du Digital Omnibus et a exprimĂ© des prĂ©occupations quant Ă  la redĂ©finition de la notion de « donnĂ©es personnelles ». La proposition restreindrait cette dĂ©finition en se concentrant sur la capacitĂ© du responsable du traitement ou du destinataire Ă  identifier une personne, et non sur celle d’un tiers. Le CEPD estime que cette approche pourrait aller trop loin et contredire des arrĂŞts rĂ©cents. Une discussion avec les parties prenantes est prĂ©vue le 12 dĂ©cembre 2025 pour approfondir ce point (document de discussion). L’enjeu est de taille : lorsque le CEPD soulève une prĂ©occupation, celle-ci peut influer sur la forme finale de la loi. La dĂ©finition des donnĂ©es personnelles Ă©tant fondamentale pour les règles relatives Ă  la vie privĂ©e, cette partie de la proposition pourrait ĂŞtre rĂ©visĂ©e. En savoir plus →

La Commission européenne a publié sa proposition de règlement Digital Omnibus le 19 novembre 2025. Pour toute personne travaillant dans le domaine de la conformité numérique, ce texte mérite attention.

La proposition vise à simplifier et à moderniser le cadre réglementaire européen en modifiant plusieurs textes clés, notamment le RGPD, la directive ePrivacy, le Data Act, NIS2, eIDAS, DORA et CER.

Le texte évoluera au fil du processus législatif européen. La trajectoire est prometteuse, et nous nous engageons à vous aider à comprendre ce qui vous attend.

đź’ˇ Avant d’entrer dans le dĂ©tail, voici ce qu’il faut garder Ă  l’esprit : il s’agit d’une proposition, pas d’une loi. Le texte est Ă  un stade prĂ©coce et peut Ă©voluer substantiellement au cours du processus lĂ©gislatif europĂ©en. Les principes et obligations qui y sont dĂ©crits ne sont ni en vigueur ni opposables. Tant que le règlement n’aura pas Ă©tĂ© formellement adoptĂ©, le cadre juridique existant (notamment le RGPD et les autres lois applicables) continue de rĂ©gir les activitĂ©s de traitement des donnĂ©es.

EU legislative process timeline showing Digital Omnibus Regulation proposal stages from Commission proposal to entry into force

Le consentement aux cookies se modernise

La proposition intègre la règle ePrivacy relative aux cookies dans le RGPD, sous la forme d’un nouvel article 88a. Le consentement reste la règle gĂ©nĂ©rale pour le stockage ou la lecture d’informations sur les appareils, mais avec des mises Ă  jour importantes.

Voici ce qui change :

  • Exceptions hors consentement ajoutĂ©es : Une liste fermĂ©e couvre dĂ©sormais la transmission, les cookies strictement nĂ©cessaires, la mesure d’audience agrĂ©gĂ©e en première partie pour vos propres services, et la sĂ©curitĂ© du service ou de l’appareil.
  • Acceptation et refus en un clic requis : Les bandeaux cookies doivent proposer les deux options avec une accessibilitĂ© Ă©quivalente.
  • PĂ©riode de silence de six mois : Les sites ne peuvent pas continuer Ă  solliciter les utilisateurs après un refus de consentement pendant au moins six mois, sauf modification pertinente de vos activitĂ©s de traitement.

Ce qui ne change pas :

  • Le consentement reste central : Vous aurez toujours besoin d’un consentement pour la publicitĂ©, le profilage, le suivi intersites et l’analyse par des tiers. La proposition n’affaiblit pas ces exigences.

Signaux de préférence lisibles par machine

L’article 88b introduit une nouveautĂ© : les signaux de prĂ©fĂ©rence lisibles par machine. Pensez aux paramètres du navigateur qui transmettent automatiquement un consentement ou une objection. Les responsables du traitement devront respecter ces signaux, et les Ă©diteurs de navigateurs devront progressivement les prendre en charge.

Cela pourrait transformer en profondeur la manière dont le consentement circule sur le web, en dĂ©plaçant certains choix en amont, au niveau du navigateur, tout en maintenant le contrĂ´le de l’utilisateur.

🍪 Moins de bandeaux cookies Ă  l’avenir ?

Voici ce qui changerait : si les utilisateurs configurent leurs prĂ©fĂ©rences de confidentialitĂ© au niveau du navigateur ou du système d’exploitation (par exemple « refuser tout suivi » ou « essentiels uniquement »), les sites liraient et respecteraient automatiquement ce choix. Aucun bandeau ne serait alors nĂ©cessaire.

Dans les faits ? La plupart des utilisateurs n’adopteront pas ces paramètres immĂ©diatement, les bandeaux cookies resteront donc la norme pour l’avenir prĂ©visible. Mais Ă  mesure que davantage de visiteurs dĂ©finiront des prĂ©fĂ©rences au niveau du navigateur, ils verront moins de bandeaux lors de leur navigation.

En coulisses, vous aurez toujours besoin de systèmes de gestion du consentement comme iubenda pour gérer correctement les choix des utilisateurs. Le système sera simplement plus intelligent pour déterminer quand afficher un bandeau et quand lire un signal de préférence existant.

⚠️ Exception pour les fournisseurs de services médias

Tout le monde n’est pas tenu de respecter ces signaux. La proposition exempte explicitement les fournisseurs de services mĂ©dias de l’obligation de respecter les signaux de prĂ©fĂ©rence lisibles par machine.

Pourquoi ? La Commission fait valoir que les organisations mĂ©diatiques dĂ©pendent des recettes publicitaires pour leur viabilitĂ© financière et que des mĂ©dias indĂ©pendants sont indispensables au pluralisme et au dĂ©bat dĂ©mocratique. Cela constitue un objectif d’intĂ©rĂŞt public.

En pratique, les sites mĂ©dias pourront demander un consentement mĂŞme si l’utilisateur a dĂ©fini une prĂ©fĂ©rence globale de « refus du suivi ». Cette exception ne s’applique pas aux autres sites web, applications ou fournisseurs de services en ligne.

Modifications notables du RGPD

La proposition apporte plusieurs changements concrets au RGPD :

Données personnelles et pseudonymisation

La dĂ©finition des donnĂ©es personnelles est restreinte. La question centrale devient celle de savoir si le responsable du traitement ou le destinataire dispose des moyens pour identifier « raisonnablement » une personne. Le simple fait qu’un tiers puisse identifier cette personne ne suffit pas Ă  qualifier automatiquement les donnĂ©es de personnelles pour tous.

Ce que cela signifie : La Commission, en collaboration avec le Comité européen de la protection des données (CEPD), pourra adopter des critères permettant de déterminer quand des données pseudonymisées ne constituent plus des données personnelles pour certaines entités.

Le droit d’accès bĂ©nĂ©ficie de protections contre les abus

L’article 12 est modifiĂ© afin de permettre aux responsables du traitement de refuser des demandes d’accès ou d’exiger une redevance raisonnable lorsque ces demandes sont manifestement abusives. Cela couvre des situations telles que :

  • Campagnes de harcèlement
  • Demandes d’indemnisation spĂ©culatives
  • SchĂ©mas du type « Payez-moi et je retire la demande »

La charge de la preuve incombe au responsable du traitement.

Exceptions Ă  la transparence pour les situations Ă  faible risque

Pour les situations Ă  faible risque et sans ambiguĂŻtĂ© (comme les artisans locaux ou les petites associations), les responsables du traitement peuvent s’appuyer sur une exception Ă©largie lorsqu’il existe des motifs raisonnables de supposer que les personnes disposent dĂ©jĂ  des informations nĂ©cessaires.

Harmonisation des AIPD et des notifications de violation

Le CEPD doit proposer des listes europĂ©ennes harmonisĂ©es de traitements nĂ©cessitant ou non une analyse d’impact relative Ă  la protection des donnĂ©es (AIPD), ainsi qu’un modèle et une mĂ©thodologie communs. Le mĂŞme principe s’applique aux notifications de violations de donnĂ©es Ă  haut risque : un modèle standard et des critères que la Commission transformera en actes d’exĂ©cution.

Pourquoi c’est important : Cette harmonisation pourrait rĂ©duire la complexitĂ© de la conformitĂ©, notamment pour les organisations opĂ©rant dans plusieurs États membres de l’UE.

IA et données personnelles

Les considĂ©rants de la proposition prĂ©cisent que l’utilisation de donnĂ©es personnelles pour entraĂ®ner, tester et valider des systèmes d’IA peut s’appuyer sur l’intĂ©rĂŞt lĂ©gitime au titre de l’article 6, paragraphe 1, point f). La condition : un test de mise en balance strict et des garanties appropriĂ©es doivent ĂŞtre en place.

Les garanties requises comprennent :

  • Transparence sur l’utilisation Ă  des fins d’entraĂ®nement de l’IA
  • Droit d’opposition inconditionnel
  • Techniques prĂ©servant la vie privĂ©e
  • Protections supplĂ©mentaires selon le niveau de risque

Une dĂ©rogation Ă©troite est prĂ©vue pour les donnĂ©es de catĂ©gorie particulière prĂ©sentes de manière incidente dans les ensembles de donnĂ©es d’entraĂ®nement de l’IA, lorsque leur suppression serait disproportionnĂ©e. Dans ce cas, les donnĂ©es doivent ĂŞtre solidement protĂ©gĂ©es et ne pas ĂŞtre utilisĂ©es pour infĂ©rer ou divulguer des informations sensibles. Les fondements habituels de l’article 9, paragraphe 2, s’appliquent toujours lorsque le traitement de donnĂ©es de catĂ©gorie particulière est effectivement nĂ©cessaire.

Autres modifications Ă  noter

Guichet unique européen pour le signalement des incidents

Un guichet unique europĂ©en est créé pour le signalement des incidents de cybersĂ©curitĂ© et des violations de donnĂ©es personnelles. Les responsables du traitement assujettis au RGPD l’utiliseront pour les notifications de violations, supprimant ainsi les dĂ©clarations redondantes au titre de NIS2, du RGPD, d’eIDAS, de DORA et de CER.

L’avantage : Cette centralisation rĂ©pond Ă  une vraie difficultĂ© pour les organisations jonglant avec de multiples obligations de signalement.

Ajustements apportés au Data Act

Le Data Act fait l’objet de plusieurs mises Ă  jour :

  • Renforcement des garanties pour les secrets d’affaires
  • Le partage de donnĂ©es entre entreprises et gouvernements (B2G) est limitĂ© aux urgences publiques
  • RĂ©gime allĂ©gĂ© pour certains contrats cloud
  • La directive Open Data et le Data Governance Act intĂ©grĂ©s dans le règlement

Le règlement Plateforme-à-Entreprise (P2B) est abrogé, car largement supplanté par des règles plus récentes applicables aux plateformes.

Ce que cela signifie pour votre activité

Cette proposition indique la direction que prend la rĂ©glementation europĂ©enne sur la vie privĂ©e, et c’est un avenir que nous accueillons favorablement.

Un meilleur contrĂ´le pour les utilisateurs. Des exigences allĂ©gĂ©es. Une harmonisation qui apporte de vraies rĂ©ponses. Ce ne sont pas seulement des objectifs politiques ; c’est le fondement de ce que nous construisons chez iubenda depuis le dĂ©but.

« Le Digital Omnibus n’est pas encore une loi. Et tant qu’il ne l’est pas, la conformitĂ© au RGPD et Ă  ePrivacy reste exactement telle que vous la connaissez. Ce qui ne changera pas non plus, mĂŞme dans le futur rĂ©gime, c’est la nĂ©cessitĂ© d’une couche opĂ©rationnelle robuste traduisant les exigences lĂ©gales en application technique. C’est toujours le rĂ´le de votre CMP. Les signaux globaux et l’automatisation ne remplacent pas les CMP ; ils les rendent indispensables, car il faut toujours faire le lien entre des droits abstraits et du code concret. »

Giulia Stancampiano, Product Legal Manager Privacy, iubenda

Nous nous engageons Ă  jouer un rĂ´le actif dans l’Ă©laboration de cette proposition, en veillant Ă  ce qu’elle soit applicable en pratique, tant pour les entreprises que pour leurs clients.

Le processus législatif prend du temps, mais nous serons à vos côtés à chaque étape, en transformant les évolutions réglementaires en orientations claires et concrètes.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le règlement Digital Omnibus ?

Le Digital Omnibus est une proposition de la Commission europĂ©enne qui modifie et harmonise plusieurs lois numĂ©riques de l’UE, notamment le RGPD et la directive ePrivacy, afin de rĂ©duire la complexitĂ©, d’amĂ©liorer la cohĂ©rence et de moderniser des dispositions obsolètes.

Le règlement Digital Omnibus est-il en vigueur ?

Non. Le Digital Omnibus est encore une proposition Ă  un stade prĂ©coce du processus lĂ©gislatif europĂ©en. Il pourra ĂŞtre substantiellement modifiĂ© avant son adoption. Jusqu’Ă  son entrĂ©e en vigueur, les rĂ©glementations existantes comme le RGPD continuent de s’appliquer.

Quand le Digital Omnibus deviendra-t-il une loi ?

 Aucun calendrier fixe n’est Ă©tabli.  Les procĂ©dures lĂ©gislatives europĂ©ennes prennent gĂ©nĂ©ralement 12 Ă  30 mois. Une fois adoptĂ©, le règlement entre en vigueur 20 jours après sa publication. Ses nouvelles obligations s’appliquent progressivement (par exemple, 6 mois pour les nouvelles règles relatives aux cookies, 24 mois pour les signaux de prĂ©fĂ©rence lisibles par machine).

Le Digital Omnibus remplace-t-il le RGPD ?

Non. Le Digital Omnibus modifie et actualise le RGPD sans le remplacer. Il propose des changements à des articles spécifiques, comme les règles relatives au consentement aux cookies et les procédures de notification des violations de données.

Quelles modifications le Digital Omnibus propose-t-il concernant le consentement aux cookies ?

La proposition imposerait des options d’acceptation et de refus en un clic, interdirait de redemander le consentement pendant au moins six mois après un refus, et introduirait des signaux de prĂ©fĂ©rence lisibles par machine. Elle intègre Ă©galement les règles relatives aux cookies dans le RGPD (nouvel article 88a) et prĂ©cise les finalitĂ©s limitĂ©es pouvant s’appuyer sur des exceptions au consentement, telles que la mesure d’audience agrĂ©gĂ©e en première partie et la sĂ©curitĂ©.

Aurai-je encore besoin d’un bandeau cookies avec le Digital Omnibus ?

Oui. Les systèmes de gestion du consentement restent indispensables pour gĂ©rer les choix des utilisateurs, conserver la preuve du consentement et appliquer correctement les prĂ©fĂ©rences. Ce qui changerait, c’est que certains utilisateurs ayant configurĂ© des prĂ©fĂ©rences au niveau du navigateur ne verraient plus de bandeau, le système lisant leur prĂ©fĂ©rence existante. Toutefois, les fournisseurs de services mĂ©dias pourraient toujours demander un consentement mĂŞme en prĂ©sence d’un signal global de « refus ».

Comment le Digital Omnibus affecte-t-il l’IA et les donnĂ©es personnelles ?

La proposition prĂ©cise que l’utilisation de donnĂ©es personnelles pour entraĂ®ner des systèmes d’IA peut s’appuyer sur l’intĂ©rĂŞt lĂ©gitime au titre de l’article 6, paragraphe 1, point f), sous rĂ©serve de garanties strictes : transparence, droit d’opposition inconditionnel et techniques prĂ©servant la vie privĂ©e. Elle crĂ©e un nouvel article 88c du RGPD.

Dois-je faire quelque chose dès maintenant ?

Aucune action immĂ©diate n’est requise. Vos obligations de conformitĂ© au titre du RGPD et des autres lois en vigueur demeurent inchangĂ©es. Nous vous recommandons de suivre l’Ă©volution de la proposition — nous vous tiendrons informĂ©s de tout dĂ©veloppement susceptible d’affecter votre travail de conformitĂ©.